L’hymne d’Israël
chanté à gorge déployée,
parfois une larme à l’œil,
le cœur gros
d’émotion.
En français, Hatikva
signifie l’espoir.
Un espoir dont le but
est précisé à la fin du texte :
« Être un peuple libre dans notre pays,
le pays de Sion et de Jérusalem. »
C’est justement de l’espoir
que discutent deux acolytes
dans un reportage que j’ai vu
ce matin
sur un média israélien.
Le Palestinien, hémiplégique
à la suite d’une balle israélienne.
Le Juif, portant une kippa.
Le premier a érigé
un sanctuaire de l’espoir
tout près de la tombe
de Josué Bin Noun.
Il explique que donner à ses concitoyens
l’espoir d’un avenir
peut ouvrir la voie à la paix.
Le Juif lui rétorque
qu’il a besoin, lui aussi,
de pouvoir espérer.
Espérer davantage
qu’une simple accalmie.
Pouvoir envisager
un avenir
qui ne se résume pas
à attendre la prochaine guerre.
L’émission se termine
par une citation biblique.
Josué Bin Noun,
le conquérant de Canaan
après la sortie d’Égypte.
rappelle cette prescription de la Torah,
dans le Deutéronome :
« Tu ne déplaceras pas
la borne de ton prochain. »
Une interdiction répétée
dans deux passages,
Deutéronome 19,14 et 27,17.
À l’origine, une borne
qui délimite une propriété.
Mais aussi, pour nous aujourd’hui,
un rappel de ne pas empiéter
sur les droits d’autrui.
L’espoir de l’un
ne devrait pas exiger
que l’autre renonce au sien.
Author: sender
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Hatikva
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L’érable
Pas le Canadien
Qui produit le sirop
Garniture des pancakesNon,
L’indigène,
Celui de chez nousJe croyais innocemment
Que l’absence chez moi
De doigts verts
Était la cause
De mon incapacité
À me débarrasser
De cet arbuste
Dans notre jardinOu plutôt
De cette mauvaise herbeEn réalité,
La raison est toute autre.Il est quasiment impossible,
De le déraciner.Pour ce faire,
Il faut creuser profondément,
Retirer la terre tout autour,Mais tiens, tiens…
« Déraciner »
Même racine
Que« Déradicaliser »
Essayer de déradicaliser quelqu’un,
N’est-ce pas,
D’une certaine manière,
Tenter de le déraciner ?Mission difficile
Voire impossible
Une réponse serait peut-être
D’offrir des alternativesVoire
Un nouveau terreauDans lequel
D’autres idées
Pourraient prendre racine. -
Krekhts
Il est probable que le
premier du genre
ait été émis
il y a quelques millénaires,
quand notre patriarche
a été sommé de quitter
papa et maman
pour se rendre,
en mode footing,
vers la Terre promise.
Je peux également imaginer
le krekhts collectif
du peuple assemblé
au mont Sinaï,
lorsque Moïse
les a informés
qu’il n’était plus question
de commander du poulpe
façon gefilte fish
en entrée.
Et si le poulpe savait parler
yiddish,
il aurait également lancé
un dernier krekhts
avant son dernier souffle.
Ou la joue de porc mitonnée
façon pekelfleish.
Il y a aussi ce fameux krekhts
silencieux
de la mère juive
qui, dans une tentative
de ne pas culpabiliser
son fils unique,
tout en l’encourageant
à terminer la soupe
de poule qu’elle lui a
amoureusement mitonnée.
Le krekhts,
cet Alpha et Oméga
du peuple juif,
que certains décrivent
comme un vulgaire soupir.
-
L’espace-temps
C’est un peu le thème
Qui passe régulièrement
Dans les médias.Le pluridimensionnel
Est décidément
Au goût du jour.Me reviennent
— cocorico —
Ces paroles
Emblématiques de la Genèse,Où le Grand Constructeur,
Conceptualiste
De l’Univers,
Décrit
Le grand commencement.Avec comme scène
De départ,
Le tohu-bohu.Donc, espace :
Zéro.Tout l’univers
N’est qu’une grande
Michepopote.Et puis,
La séparation
Se fait entre les corps célestes
Et l’éther.Mais où est-IL donc allé chercher
La recette
De l’agencement
De l’espace ?Voilà déjà
Trois dimensions
Mises en place.Et puis, enfin,
Le Temps.Il créa le jour
Et la nuit.Le sablier éternel
Commence à couler.Quel astrophysicien,
Quand même. -
Kreplach
Le grand jour est presque
À nos portes.
Sauf que chez nouzôtres,
À l’an neuf,
Au lieu de se bourrer la gueule
Comme il se doit,
On gémit et on pleure,
Pour implorer le pardon.
D’abord, à nos proches et amis,
Ensuite seulement
Et l’injonction en est très claire,
Au Bon Dieu,
Pour autant qu’on en soit
Adepte.
À nos ennemis.
Ma mère leur souhaitait,
De tout cœur,
Qu’ils soient réduits
En kreplach fleisch.
Viande hachée
Euh…
Kekseksa ?
Et pourquoi pas
En bœuf bourguignon ?
C’est en préparant
Cette farce,
Dans le sens
Gastronomique du terme,
De ce légendaire
Ravioli
Qui viendra garnir
Le bouillon de Rosh Hashanah,
Que m’est revenue la signification
Du « kreplach ».
Viande rouge hachée à l’intérieur,
Pâte blanche pour l’enveloppe :
Le rouge pour la rigueur de la Loi,
Le blanc pour la mansuétude
Du Juge.
Ces symboles qui se mangent
Flattent notre palais,
Mais enrichissent aussi
L’esprit.
Ah oui, la malédiction de ma mère…
Vous l’aurez compris,
À Bruxelles, on appelle ça
Le kipkap,
Onomatopée qui en dit
Long.
-
La carpe est dans la baignoire
Cette phrase
Aurait pu faire partie
Des messages
Codés de Radio Londres.
Mais bien sûr que non.
Naguère,
Dans les baignoires,
Pour les rares chanceux
Qui en avaient une,
Ce poisson bien gras
Et dodu
Y nageait, sans le savoir,
Ses dernières
Brasses.
Aujourd’hui, les traiteurs
Chic et cacher
Ont remplacé
Ce folklore.
La carpe, c’est un peu
Le homard de l’An neuf
Du Juif ashkénaze.
Le Noble crustacé,
est balancé,
Tout frétillant,
Dans l’eau bouillante.
La carpe, elle,
Passe dans l’ ”eau’-delà
Par un coup de maillet
Sur sa caboche,
Avant que la farce
Ne lui passe dans
La panse.
Guten Appetit !
-
Le vide
L’image qui apparaît
Sur l’écran,
En noir et blanc,
est peu claire,
Plutôt floue.
L’orateur,
Professeur d’université suédois,
Nous pose la question
De savoir ce que cette image
Nous révèle.
Silence dans la salle.
Timides réponses,
Banales,
Fusent ici et là.
Deuxième question :
« Que ne voyez-vous pas ? »
Plus difficile, celle-là.
L’audience est en panne.
Comment savoir
Ce qu’on ne voit pas ?
Si déjà
On ne parvient pas à exprimer
Ce qu’on est censé voir.
Voyant notre désarroi,
il nous révèle
Que
L’image montre une
Place de quartier,
Anonyme.
Il s’avère que c’était, avant-guerre,
Le centre du quartier juif
D’une petite ville grecque.
Plus de commerces juifs.
Plus d’oratoires.
Plus de badauds portant
La kippa.
Plus de devantures
avec enseignes en hébreu.
Rien.
Toutes les villes d’Europe
Étaient naguère
Tissées de cette population,
De cette culture,
De cette substance
Qui y était intégrée
Depuis des siècles.
Aujourd’hui,
Subsiste le vide.
Non seulement la mort,
Mais l’absence.
Le silence laissé
Par ceux qui ne sont plus là.
C’est la Shoah
qui continue
A nous accompagner
Tous les jours.
-
Rencontre
À Auschwitz
Dans la boue,
La puanteur des cadavres.
Plus tard, dans
Les camps de travail,
Seize heures d’esclavage,
Suivies de
Huit heures,
De repos
Jour
Et nuit.
Elle s’écroulait
Sur sa paillasse
Et dormait
La tête posée
sur sa
Croûte de pain
De peur des vols
Et de manger encore
Moins le lendemain
Elle pensait
Très souvent
À son fiancé.
Ils s’étaient promis
De se retrouver à Budapest
Après la guerre.
Bien sûr,
Comment espérer
Retrouver qui que ce soit,
Après avoir vu
Des générations entières,
Passer
Par les cheminées
De Birkenau
Et pourtant
Au détour d’une ruelle
De cette grande ville,
Persuadée d’être
Seule au monde,
Elle a retrouvé
Son fiancé.
Mon père.
-
Man da gue, ma fou
C’était son leitmotiv,
Son cri du cœur
Qui revenait
Comme un mantra.
Être pauvre comme Job
Et veuve,
Et élever seule
Trois filles depuis
Leur bas âge.
Man da gue, ma fou.
Fuir les hordes nazies
Et se réfugier
Au lac de Revel
Auprès de paysans
Sans peur, sans reproche,
Mais surtout d’une générosité
Infinie.
Man da gue, ma fou.
Refranchir la ligne
De démarcation
Vers la gueule du loup
Car son lit lui manquait.
Man da gue, ma fou.
Se frapper la coulpe,
Qui résonnait
Comme le tam-tam
Tous les soirs
Lors de sa prière
À laquelle elle
Ne dérogeait jamais,
Veuve de rabbin oblige.
Man da gue, ma fou.
Acheter des volailles
Pour les plumer et
Les nettoyer
Pour les revendre
Aux matrones juives.
Man da gue, ma fou.
Peu de chinois dans ce mots.
Un charabia franco-yiddish
Signifiant en partie, en
Yiddish,
« Mon souci »,
En partie, en
Français,
« Je m’en fous ».
C’est comme ça que cette
Calamity Jane
-ma grand mère par alliance –
A survécu
Aux vicissitudes
D’une longue vie
Juive.
-
Sept générations
Une citation biblique ?
Que nenni.
J’avoue avoir été piqué
D’une pointe de jalousie
Quand cette dame,
Fort sympathique,
Nous a embarqués,
Mon épouse et moi,
En direction
De Bormes-les-Mimosas.
Les services de bus
Étant aussi réguliers
Que les trains de la SNCF,
Nous avons été contraints
D’opter pour un autre mode
De transport.
Je vous parle d’un temps
Que les moins de vingt ans
Ne peuvent pas connaître,
Comme disait Aznavour.
Bref,
Nous avons fait du stop.
La conductrice,
De notre génération,
Comprenant le code
Du pouce levé,
Chante les louanges
De son village,
Où sa famille vit
Depuis sept générations.
Sept générations !
Nouzôtres,
En sept générations,
Pour autant qu’on ait survécu,
Nous avons fait
Plusieurs fois
Le tour de la planète
Connaîtrons-nous un jour
Un ancrage ?
Le Juif errant,
On a déjà donné.