Author: sender

  • Fleurs

    Difficile à imaginer
    De pouvoir découvrir
    Et apprécier
    De belles choses
    Simples de la vie
    Quelques années
    Après Auschwitz.

    Et pourtant.

    Je me promène
    Avec ma maman
    Dans un parc,
    À la fin des années cinquante.

    Ma petite main dans la sienne,
    On s’arrête
    Devant un parterre
    De fleurs.

    « Regarde ces belles couleurs,
    Hume ces parfums merveilleux. »

    C’est une histoire
    Que je raconte souvent
    Aux jeunes élèves
    Lors des ateliers de témoignage.

    Lorsqu’ils me demandent
    Comment les survivants
    Ont vécu par après.

    C’est le contre-exemple
    Que je cite,
    Non sans rappeler
    Les suicides,
    Les dépressions,
    Le mutisme,
    La folie.

    Que d’autres rescapés
    Ont vécus toute leur vie.

    Mais que, par ailleurs,
    Certains autres,
    Dont ma maman,
    Ont eu le privilège
    De pouvoir vivre
    Leurs journées
    Dans le bonheur,

    Tout en étant hantés
    Chaque nuit
    Par des cauchemars.

  • Le roquet

    L’autre soir, sur Arte,
    un débat sur les élections
    en Israël.
    Un de plus.

    Des trois invités,
    l’un était chercheur en sociologie
    à l’Université de Liège.

    Vraiment, la tête de l’emploi.
    La keffieh étant sans aucun doute
    restée au vestiaire.

    Il est vrai que moi, qui mène
    un combat contre les stéréotypes,
    j’ai dû déposer mes idéaux
    pour un instant,
    à côté de la keffieh.

    Et là, les amis,
    en bon Belge,
    je me suis dit :

    Ouïouïouï,
    on va entendre ce
    qu’on va entendre.

    Le petit gars ne se tenait plus.

    La Corée du Nord, à côté,
    ressemblait à un enfant de chœur
    à sa naissance.

    Tout y est passé,
    dont le classement d’Israël
    en queue de liste de l’OCDE
    pour ses disparités sociales.

    Les pauvres vivent sûrement
    mieux en Colombie qu’en Israël ?!

    Ou trop de riches en Israël.
    Normal, ils sont juifs.

    Un vrai dégueulis,
    mais attention, académique,
    avec chiffres à l’appui,
    s’en est suivi.

    Jusqu’à ce qu’il sorte,
    entre deux âneries,
    l’évidence du génocide
    que les deux concurrents
    israéliens
    soutiendraient, selon lui.

    Of course,
    what else?

    Et alors, moment de grâce.

    Une des trois journalistes,
    “Innocente”
    Car ni juive, ni israélienne
    lui sort que cette affirmation
    de génocide
    est à visée disqualifiante
    et non une condamnation.

    Le roquet a eu son bec cloué..

  • L’enseignement spécial

    Loin des salons feutrés
    Remplis de bien-pensants
    Débattant des déclarations
    Antisionistes à exiger
    Des artistes juifs,
    Avant les spectacles,
    Afin de se voir délivrer
    Un livret de bonne conduite.

    Et en bonne suite logique,
    Nouzôtres,
    Quand on fait part,
    Timidement,
    De la montée de l’antisémitisme
    En Belgique,
    Suite à une guerre importée
    Chez nous,
    Il y a le fameux
    « Oui, mais… »
    Qui nous est servi.

    Hier matin,
    J’ai découvert
    Une autre réalité,

    Dans une école primaire
    De l’enseignement spécial,
    Où je me suis rendu
    Pour la première fois,
    Dans le cadre de nos ateliers
    www.shorashim.be

    Ici, le « spécial »,
    C’est que ces enfants
    Ne vont pas chercher midi
    À quatorze heures.

    La souffrance
    Et la discrimination,
    Dues à leur handicap,
    Ils les vivent au jour le jour,
    Dans leur cœur
    Et dans leur corps.

    Ils nous comprennent,
    Sans devoir ajouter,
    les « oui, mais ».

    Un élève me demande
    Comment je parvenais à écouter
    Les horreurs des camps,
    Que ma mère me racontait
    Depuis ma tendre enfance.

    Tout est dit
    Dans cette question.

    La compassion que je trouve
    Chez ces élèves « spéciaux »,
    Je la cherche encore souvent
    Chez leurs aînés, dits
    « normaux ».

  • Sioniste

    Depuis le 7 octobre,
    cette nouvelle appellation
    a fait son apparition.

    Et pas vraiment
    à consonance positive.

    En tant que récipiendaire
    de messages,
    de blogs et
    d’analyses les plus diverses
    sur le réseau,

    Certains des nouzôtres
    ont pris la courageuse initiative
    à faire un travail de réflexion
    cartésienne,
    pour expliquer, de manière
    détaillée,
    ce qu’est un sioniste,
    les racines du sionisme,
    afin de ramener
    les brebis galeuses
    dans le droit chemin.

    Les amis,
    Sans vouloir être pessimiste,
    je crains que ce soit peut être,
    peine perdue
    .
    Nouvelle appellation 3.3.

    Ne dites plus juif.
    Dites sioniste.

    Dites 33.

  • Être ensemble

    Ce matin, je méditais

    Sur le pourquoi du comment.

    Pourquoi me retrouvais-je régulièrement

    À assumer ce rôle de dixième homme,

    « Appelable »,

    Quand le minyan,

    Ou quorum requis,

    N’était pas atteint ?

    Car, ma foi,

    Il n’est pas nécessaire

    D’en avoir une

    Pour assurer la fonction.

    En hébreu, synagogue

    Se dit beth knesset,

    Maison de l’assemblée.

    Elle est fréquentée par des personnes

    D’origines diverses,

    D’obédiences différentes,

    Avec des opinions

    Qui souvent ne sont pas d’accord,

    Voire contradictoires.

    Peut-être est-ce justement

    Ce besoin d’être ensemble,

    Et ce, depuis près de trois millénaires,

    De ressentir cette proximité,

    Pour certains,

    Qui rassure.

    Mon père me racontait

    Qu’au fil des pérégrinations

    De nos ancêtres,

    Souvent forcées plutôt que choisies,

    On organisait en priorité

    Un beth knesset.

    Pas nécessairement un oratoire

    En bonne et due forme,

    Souvent simplement

    Dans la maison d’un particulier.

    On se rassemblait trois fois par jour

    Pour les prières.

    Pour méditer ?

    Pour être ?

    Probablement aussi

    Juste pour être ensemble.

  • Tombe fraternelle

    Traduction littérale de
    Kever akhim
    en hébreu.

    C’est le mot qui m’est venu
    naturellement
    quand je suis tombé
    sur ce cimetière caché
    au milieu d’une forêt,
    au bout d’un méchant sentier.

    Steinholz, en Souabe.

    Plus de cinq cents
    âmes s’y sont envolées,
    arrachées à leurs propriétaires,
    juifs,
    et dont les dépouilles ont
    été jetées dans une fosse,
    comme des détritus.

    Au milieu de nulle part.
    Loin des regards.

    En me renseignant
    sur la localisation de ce camp,
    même les autorités locales
    ne savaient pas très bien
    où m’orienter.

    La grille du cimetière était close.

    Une plaquette indiquait
    que la clé était à disposition
    auprès de la communauté juive
    locale.

    Qui
    n’existe plus.

    J’y ai pleuré
    mes grands-parents,
    mes tantes et mes oncles,

    qui, eux,
    n’ont même pas eu droit
    à
    une fosse.

  • Messieurs les anglais, tirez les premiers

    Nous allons attaquer.

    Très bientôt.

    Peut-être.

    On verra.

    Ces propos,
    on commence à s’y habituer.

    Et franchement,
    même plus peur.

    Ces menaces
    deviennent d’une banalité
    crasse.

    Au moins, lors de la dernière
    des grandes guerres mondiales,
    les vraies,
    on faisait une déclaration
    en bonne et due forme.

    Parfois avec des hoquets.

    Comme lors de la déclaration de guerre
    remise par l’ambassadeur japonais
    à Roosevelt.

    Mais juste après, avoir
    Attaqué Pearl Harbour.

    Et puis, il y a les fameuses
    « fuites ».

    Les « secrets défense »
    qui se retrouvent fortuitement
    dans la presse.

    Les stratèges pourraient
    peut-être songer
    à travailler avec des Pampers
    anti-fuites.

    On y perd son anglais.

  • Le brin de paille

    Un bon Le brin de paille
    Un bon ami m’a fait parvenir un article
    qui relate le discours
    d’I.B. Singer,
    lorsqu’on lui a attribué
    le prix Nobel.
    Oï vaï, ces temps bénis
    se sont écoulés
    il y a bien longtemps.
    De nos jours, le yiddish,
    on le chuchote.
    Et mentionner,
    qu’à Dieu ne plaise,
    les mots « juif » ou « Israël »,
    on doit le faire
    en murmurant,
    dans les lieux publics.
    Autant hurler des jurons obscènes
    dans les trams,
    voire afficher
    des images porno
    sur sa façade.
    Ceci étant, Singer avait cité,
    en ces temps lointains,
    bien calmes
    pour nouzôtres,
    dans les années septante :
    Paul Verlaine.
    L’espoir luit comme un brin de paille
    dans l’étable.
    Merveilleux.
    Aujourd’hui, notre étable
    ressemble plutôt
    aux écuries d’Augias.
    Et détourner deux fleuves
    pour les nettoyer
    ressemblerait plutôt
    aux solutions imagées
    de Trump, Xi Jinping, Poutine
    et consorts,
    pour nous extirper
    de la gadoue.
    Cette paille brillante, par contre,
    il suffit de se baisser,
    de la saisir.
    Et de s’en inspirer.

    m’a fait parvenir un article

    qui relate le discours

    d’I.B. Singer,lorsqu’on lui a attribuéle prix Nobel.

    Oï vaï, ces temps bénisse sont écoulé

    sil y a bien longtemps.

    De nos jours, le yiddish,on le chuchote.

    Et mentionner,qu’à Dieu ne plaise,les mots « juif » ou « Israël »,

    on doit le faireen murmurant,

    dans les lieux publics.

    Autant hurler des jurons obscènes

    dans les trams,voire afficher

    des images pornosur sa façade.

    Ceci étant, Singer avait cité,

    en ces temps lointains,bien calmespour nouzôtres,

    dans les années septante :Paul Verlaine.

    L’espoir luit comme un brin de pailledans l’étable.

    Merveilleux.

    Aujourd’hui, notre étable

    ressemble plutôtaux écuries d’Augias.

    Et détourner deux fleuves

    pour les nettoyer

    ressemblerait plutôtaux solutions imagées

    de Trump, Xi Jinping, Poutine

    et consorts,

    pour nous extirperde la gadoue.

    Cette paille brillante, par contre,

    il suffit de se baisser,de la saisir.

    Et de s’en inspirer.

  • Ceci n’est pas une pipe

    Dans notre petit royaume,
    le surréalisme
    n’est pas un vain mot.

    Tout est possible.
    Ou presque.

    Les rêves peuvent devenir
    réalité.

    Ce matin j’ai présenté
    une introduction au judaïsme.

    Dans une école primaire.

    Pendant le cours de religion.

    Catholique.

    À de jeunes élèves.

    Musulmans.

    Magritte n’aurait pas renié
    le tableau.

    Tout y est passé.

    Nos fêtes,
    nos rites,
    la Torah,
    le shabbat,
    notre histoire,
    les tefilin,
    le talith,
    la kippa,
    nos prophètes communs.

    On s’étonne :

    Shalom ressemble vachement
    à salaam.

    Tiens, tiens…

    Elohim ?

    Mais c’est Allah !

    Côté alimentaire,
    pas de cochon.

    Ni pour les uns,
    ni pour les autres.

    Les moules-frites,
    c’est permis
    pour les musulmans.

    Hors limites
    pour les Juifs.

    En quittant les lieux,
    je suis accompagné
    par les élèves
    qui lancent en chœur
    un joyeux :

    « Shalom ! »

    Quand le surréalisme
    perd son « sûr »
    pour devenir,
    le temps d’un cours,
    du réalisme.

  • Derekh eretz

    Littéralement, en hébreu,
    le chemin de la terre.

    En yiddish,
    Le respect,
    les bonnes manières,
    la politesse.

    Enfin, c’est ce que
    mon père me répétait
    de temps en temps,
    pour me rappeler
    les bonnes manières.

    Lors d’une rencontre informelle
    avec le rabbin de la synagogue,
    où il m’arrive de jouer
    le dixième homme volontaire,

    un peu comme
    les médecins de garde,

    voilà qu’il me rappelle
    cette formule rabbinique :

    “Derekh eretz kadma laTorah”.

    La conduite humaine
    précède la Torah.

    Autrement dit,
    le respect de l’autre,
    les bonnes relations
    entre les hommes…

    et les femmes, bien entendu.
    Ne soyons pas genrés !

    Tout cela
    avant les 613 commandements
    de la Torah.

    Wow !

    Arrêt sur image,
    s’il vous plaît.

    Tout un programme.