Author: sender

  • Cigarettes

    Lien entre la fumette
    et l’antisémitisme ?

    Aucun.

    Nous sommes d’accord.

    Et pourtant…

    Ma muse a rejoué ce rôle
    sans l’avoir choisi.

    Assise tranquillement
    à une terrasse de café,
    elle sirote son breuvage.

    Son voisin de table
    demande, comme tout homme
    qui a un certain savoir-vivre,
    s’il peut allumer
    sa cigarette.

    Bien entendu.

    Le voilà qui se plaint
    de la fin prochaine
    de son plaisir en terrasse.

    Les lois à venir,
    l’UE, les USA, Trump…

    Mais aussi Israël
    et Bibi.

    Pourquoi pas les Martiens,
    tant qu’à faire ?

    Jusque-là,
    rien que de très normal.

    Ma femme demande :

    « Euh… pourquoi
    Bibi et Israël ? »

    Rapport choucroute.

    « Ah, vous êtes juive !
    Idiote. »

    Quel flair !

    Le gars devrait faire carrière
    comme profileur.

  • Antisionistes ?

    Il y a 45 ans,
    jour pour jour,
    une première attaque
    contre le quartier diamantaire
    d’Anvers.

    Le 20 octobre 1981,
    une voiture piégée
    devant une synagogue.

    Les cibles du
    Front populaire de libération
    de la Palestine
    sont clairement visées
    parce que juives.

    Aucun symbole
    de l’« entité sioniste »
    Ne se trouve dans
    dans ce quartier.

    Quinze mois plus tôt,
    le groupe Abou Nidal
    avait organisé
    une petite mise en jambes.

    Des grenades
    sur un groupe d’enfants juifs,
    ultraorthodoxes,
    qui attendaient leur autobus
    pour partir en vacances.

    L’un d’eux, David Kohn,
    quinze ans,
    y a laissé sa vie.

    Ces enfants n’étaient
    ni combattants,
    ni colonialistes,
    ni sionistes.

    Certains de leurs parents,
    ultra orthodoxes,
    étaient peut-être même …

    Antisionistes.

    Il aura fallu un demi-siècle
    pour perfectionner
    le cache-sexe marketing.

    L’étiquette
    « antisioniste ».

    Un habillage idéologique
    qui permet, une fois encore,
    de casser du Juif
    tout en prétendant
    combattre une idée.

    Le marketing aura mis
    un certain temps
    à se perfectionner.

    Mais la sauce haineuse
    Antisémite,
    a bien pris,
    Parmi les masses populaires.

    Bien de chez nous.

  • Sanctifier la peur

    Bennett en discussion
    Préélectorale
    Avec un groupe de religieux
    Juifs

    Qui invoquent la religion
    Comme prétexte
    Pour ne pas faire leur
    Service militaire.

    Sous prétexte
    Que leurs études saintes
    Et leurs prières
    Sont au moins aussi efficaces,
    Voire davantage,
    Que l’action militaire.

    Bien sûr, point de généralisation :
    Deux camarades de régiment
    Étaient des hassidim
    De Belz !

    Bennett ne se démonte pas.

    Il rappelle
    L’intervention divine
    Dont on a pu mesurer
    L’”efficacité”
    Durant la Shoah.

    Avec les résultats
    Que l’on sait.

    L’étude sainte
    N’est pas un rempart
    Au seuil des chambres à gaz.

    Bennett poursuit :

    S’il est élu, dit-il,
    Tous les citoyens devront contribuer
    Au service du pays,
    à 18 ans,

    Les Arabes,
    Les Haredim,
    Tous.

    Sinon,
    Fin du soutien financier
    De l’État.

    J’imagine déjà
    Certains rabbins
    Dicter de nouveaux mots d’ordre,
    Modulant quelque peu
    Leurs “fatwas”

    Et si, au fond,
    C’était la peur
    Qui dictait leur attitude ?

    La peur de mourir.

    Légitime, bien sûr.

    ‘Mourir pour des idées’.
    Comme dans la chanson ?

    Ou préférer se taire,
    Sauver sa peau,
    Tandis que brûle
    La maison.

  • Abonnés absents

    Je lis dans une biographie

    intéressante

    de Léon Blum

    que ce jeune homme

    brillant, beau causeur,

    poète, coqueluche des salons,

    a découvert l’antisémitisme

    lors de l’affaire Dreyfus.

    En tant que haut fonctionnaire,

    il a essayé de rester

    « neutre ».

    Comme tant de ses collègues

    coreligionnaires.

    Dans un esprit républicain,

    tout le monde est réputé

    égal devant la loi.

    Mais voilà.

    Durant cette période,

    l’antisémitisme était

    clairement affiché.

    Dans la presse,

    à l’extrême droite,

    mais aussi à l’extrême gauche,

    dans certains milieux catholiques.

    Moins chez les protestants.

    Peu à l’université.

    Ouf !

    Un air de déjà-vu ?

    Au moins, à cette époque,

    les antisémites

    n’étaient pas

    aux abonnés absents.

    De nos jours,

    je ne parviens plus

    à débusquer

    un antisémite.

    On utilise des synonymes.

    Moins encombrants.

    Plus chics.

    Plus corrects

    politiquement.

    Des antisionistes, par contre,

    à la pelle.

    Sous Staline,

    c’était

    l’anti cosmopolitisme.

    Et puis, au fil de notre histoire,

    d’autres mots,

    d’autres habits :

    l’antiracisme,

    l’anticolonialisme,

    l’antifascisme…

    Il y en a

    pour tous les goûts.

    De vrais synonymes.

    Au moins,

    quand on nomme

    clairement le mal,

    on peut en parler.

    Allez, les antisémites…

    Un peu de courage !

  • Le prétexte


    de la liberté d’expression
    a permis à cet instituteur,
    au pays
    dont les courageux soldats
    ont libéré Bergen-Belsen,
    d’affirmer devant un élève juif
    que ses coreligionnaires étaient responsables
    du pogrom du 7 octobre.

    La direction interpellée
    a bredouillé
    qu’elle n’avait aucune prise
    sur les opinions « politiques »
    de son personnel.

    C’est assis à Munich,
    face à l’antre
    d’où s’est propagée
    l’idéologie de notre extermination,
    que je découvre
    ce « fait divers ».

    N’oublions pas
    qu’« Albion »,
    que certains ont qualifiée
    de « perfide »,
    a elle aussi connu
    ses chemises noires.

    Jusqu’en 1940,
    la British Union of Fascists
    and National Socialists
    a porté haut
    les couleurs du fascisme
    et de l’antisémitisme.

    L’Allemagne d’aujourd’hui,
    quant à elle,
    fait de la lutte
    contre l’antisémitisme
    une responsabilité d’État
    et proclame haut et fort
    son soutien à l’État d’Israël.

    Les amis,

    la roue de l’Histoire
    tourne sans arrêt.

    Nos ennemis et nos amis
    s’interchangent
    régulièrement.

    Vigilance.

  • Heimat

    Voilà quelques jours,
    Que je bats la semelle
    Dans cette région de l’Allgäu,
    Où l’on s’attend à voir Heidi
    À chaque détour d’un sentier,
    Mener son troupeau
    De vaches dans les alpages.

    Ici, on est loin des discours,
    Des conférences
    Et des symposiums
    Sur l’antisémitisme.

    On ne voit ni affiches
    « Free Palestine »,
    Ni croix gammées,
    Gravées sur les portes.

    Faudrait pour cela
    Trouver un Juif
    Dans la foule.

    L’antisémitisme pourtant
    Est l’une des thématiques,
    Dont on parle
    Et que l’on combat.

    Les jeunes élèves bavarois craignent
    De ne pas être aimés,
    A l’étranger,
    Parce que petits-enfants de…

    Les profs se confient,
    Me parlent de cette chape de silence,
    Que leurs grands parents
    Ont imposé,
    L’un ayant été pendu par la résistance,
    Un autre “conducteur de locomotive”
    En France…

    Mes interventions
    Bien que accueillies
    Avec beaucoup d’émotion,
    Les trouble,
    me confient certains profs.

    Le sentiment profond de culpabilité,
    Ils m’en parlent sans retenue,
    Et les paroles se déversent
    Comme une rivière,
    Dont on aurait enfin
    Ouvert les vannes.

    Avides d’entendre
    Des histoires vécues,
    D’écouter un Juif
    Leur raconter l’indicible,
    Comme si, soudain,
    L’Histoire prenait un visage
    Une voix
    Une présence

    Pour moi c’est un moment
    De rencontre,
    De communion,

    Profondément humain.

  • Schwartze Timme

    Il ne fallait surtout pas
    S’approcher de cette bâtisse
    Située à l’écart du village
    Au cœur des Carpates
    Le berceau de ma famille.

    Les enfants juifs faisaient
    Un grand détour
    Pour qu’à Dieu ne plaise
    L’envie leur prenne
    De la contempler.

    Elle se nommait
    « Schwartze Timme »
    Ou, en traduction approximative
    Du yiddish
    La “noire impureté”.

    Tout un programme !

    Mon papa en parlait régulièrement
    D’un air mystérieux
    Mais toujours
    Dans un climat de réel tabou.

    Un peu comme une maison hantée
    Du genre Baba Yaga.

    Des années plus tard
    Me promenant sur les collines
    Dénudées et désolées
    Qui entouraient le village
    Autrefois, semble-t-il,
    Recouvert de champs
    De vignes et de forêts,

    Voilà que surgit
    Un splendide monastère
    D’un blanc éclatant.

    Des coupoles dorées
    D’églises et de chapelles
    Se dressaient fièrement
    Vers le ciel.

    J’essaie de franchir
    La porte monumentale.

    Une moniale accourt
    Mi-effrayée, mi-courroucée
    Et me chasse sans ménagement
    Dans un baragouin
    Peu amène.

    Pas très sympathique
    Plutôt subcarpathique !

    C’est peut être pour cela
    Qu’on l’avait nommé
    La schwartze timme.

  • Brusselmans

    C’est suite, à la question :
    L’antisémitisme a-t-il subsisté
    En Belgique,
    Après la guerre ?

    Que je raconte cette tragi-comédie belge,
    En guise de réponse
    À mes auditeurs bavarois,
    Dans une école.

    Tragi : un simulacre de justice.
    Comédie : l’argument invoqué par l’artiste.

    Le caricaturiste belge Brusselmans,
    Qui dans son dessin du juif au nez crochu,
    Écrit en guise de commentaire :
    ” Lorsque je croise un juif dans la rue
    J’ai envie de l’égorger..”

    Paru récemment, dans un hebdomadaire connu.

    Chez nous,
    La liberté de parole
    Passe avant l’incitation à la haine,
    Voire au meurtre.

    Mes hôtes ont failli s’étrangler,
    Dans les bretelles de leurs
    Lederhosen, pour les hommes
    De leurs Dirndl, pour les dames,
    En entendant ce “fait divers” belge.

    Je visite en ce moment
    Le berceau du nazisme.
    Munich est à un jet de pierre.

    Il est vrai qu’en Haute-Bavière,
    Les communautés juives
    Ont disparu depuis des siècles.

    N’empêche,
    L’antisémitisme, ici,
    N’est pas un sujet anodin.

    En Allemagne,
    La lutte active, contre ce fléau
    Est inscrite dans la loi.

    Dans l’école où je suis passé ce matin,
    Ils n’avaient jamais entendu
    De témoignage “live” sur la Shoah
    Avant ma venue.
    Pour la plupart,
    J’étais le premier juif, qu’ils rencontraient
    Dans leur vie.

    L’attention des élèves était permanente.
    Questions intelligentes.
    Émotions fortes.

    Cette phrase,
    Qu’on répète ici à l’envie :

    La génération présente n’est
    Pas responsable des crimes
    De ses ancêtres,
    Mais bien totalement responsable
    De faire en sorte,
    Que cela ne se reproduise plus jamais.

    Dans chaque Land :
    Des délégués à l’antisémitisme,
    Des budgets dédiés,
    Des publications,
    Des formations.

    Quand le berceau du crime
    Devient finalement son pourfendeur.

  • Arroseur arrosé

    .
    Le gars au chapeau noir,
    Barbe fournie et payèss,
    Me regarde d’un air ahuri.
    Car c’est MOI
    Qui lui propose
    D’échanger nos places.

    Comment se fait-il
    Que ce goï,
    Toujours MOI,
    Lui adresse la parole
    En yiddish ?
    J’avais remarqué que son épouse
    S’était vu assigner
    Un siège dans la rangée suivante,
    Dans cet avion
    À destination de Munich.
    Le moment d’hébétude dissipé,
    Son franc tombe.
    Il ramasse à la hâte
    Son grand chapeau,
    Ainsi que le porte-chapeau ad hoc,
    Et, tsitsit au vent,
    S’affale auprès de son épouse.
    Il revient d’un kiddoush,
    Me raconte-t-il,
    À l’occasion de la naissance
    De sa première petite-fille,
    Dans la ville sainte d’Anvers.
    Lui vient d’Ashdod,
    Moi de Bruxelles.

    On fait des recoupements.
    Il connaît Yiddush,
    Dont la sœur
    Jouait à la marelle avec moi,
    Lange Kievit straat,
    Au cœur du ghetto anversois.
    Et ce n’est pas tout !
    Il est apparenté à mon grand ami
    Qui habite Montréal,
    Et dont le bisaïeul
    Fut le chef d’une grande
    Lignée hassidique.
    Dont mon voisin de vol
    Porte lui aussi le nom.
    Sauf que le Montréalais,
    Lui,
    Bouffe du cochon cuit
    Dans le lait de sa mère,
    Le tout précédé
    D’un plat d’huîtres.
    Gasp !
    Je me suis bien gardé
    De communiquer ces détails
    À mon nouveau compagnon de voyage.
    Un peuple minuscule,
    Éparpillé aux quatre vents,
    Une immense famille,
    Aux liens innombrables,
    Aux goûts et aux pratiques
    Pour le moins… divers.

  • Bananas


    C’est le film délicieux
    De Woody Allen
    Qui nous dépeint
    Une révolution burlesque
    Dans un pays
    Du Grand Sud
    Comme on dirait
    De nos jours
    Mais justement,
    Ces chères bananes

    Chez nos voisins
    D’Outre-Quiévrain
    Une bonne partie
    Nous vient des Antilles françaises
    Ces territoires
    Qu’on continue d’appeler
    De leurs noms coloniaux
    La Martinique
    Et la Guadeloupe
    Oï veï !
    Mais où sont-ils donc
    Nos progressistes
    Nos biens-pensants
    Nos pourfendeurs
    Des injustices ?
    Madinina
    L’île aux fleurs
    Ainsi nommait-on
    Cette île des Caraïbes
    Bien avant que les Européens
    Ne s’en emparent
    Ses premiers habitants
    Arawaks, puis Kalinagos
    Ont subi la conquête
    La violence
    Et l’esclavage
    Et Madinina
    Est devenue
    La Martinique
    Karukera
    L’île aux belles eaux
    Ainsi s’appelait
    L’autre île
    Jusqu’à ce que Colomb
    En 1493
    La baptise Guadeloupe
    En hommage à un monastère
    Espagnol
    Santa María de Guadalupe
    À quand les slogans
    Les campagnes de boycott
    Les grandes déclarations
    De solidarité ?
    Boycott the Bananas
    of the Occupation !
    From the Caribbean to France
    Bananas will be free