Schwartze Timme

Il ne fallait surtout pas
S’approcher de cette bâtisse
Située à l’écart du village
Au cœur des Carpates
Le berceau de ma famille.

Les enfants juifs faisaient
Un grand détour
Pour qu’à Dieu ne plaise
L’envie leur prenne
De la contempler.

Elle se nommait
« Schwartze Timme »
Ou, en traduction approximative
Du yiddish
La “noire impureté”.

Tout un programme !

Mon papa en parlait régulièrement
D’un air mystérieux
Mais toujours
Dans un climat de réel tabou.

Un peu comme une maison hantée
Du genre Baba Yaga.

Des années plus tard
Me promenant sur les collines
Dénudées et désolées
Qui entouraient le village
Autrefois, semble-t-il,
Recouvert de champs
De vignes et de forêts,

Voilà que surgit
Un splendide monastère
D’un blanc éclatant.

Des coupoles dorées
D’églises et de chapelles
Se dressaient fièrement
Vers le ciel.

J’essaie de franchir
La porte monumentale.

Une moniale accourt
Mi-effrayée, mi-courroucée
Et me chasse sans ménagement
Dans un baragouin
Peu amène.

Pas très sympathique
Plutôt subcarpathique !

C’est peut être pour cela
Qu’on l’avait nommé
La schwartze timme.

Leave a Reply

Discover more from Chronique de Yankele

Subscribe now to keep reading and get access to the full archive.

Continue reading