Man da gue, ma fou

C’était son leitmotiv,

Son cri du cœur

Qui revenait

Comme un mantra.

Être pauvre comme Job

Et veuve,

Et élever seule

Trois filles depuis

Leur bas âge.

Man da gue, ma fou.

Fuir les hordes nazies

Et se réfugier

Au lac de Revel

Auprès de paysans

Sans peur, sans reproche,

Mais surtout d’une générosité

Infinie.

Man da gue, ma fou.

Refranchir la ligne

De démarcation

Vers la gueule du loup

Car son lit lui manquait.

Man da gue, ma fou.

Se frapper la coulpe,

Qui résonnait

Comme le tam-tam

Tous les soirs

Lors de sa prière

À laquelle elle

Ne dérogeait jamais,

Veuve de rabbin oblige.

Man da gue, ma fou.

Acheter des volailles

Pour les plumer et

Les nettoyer

Pour les revendre

Aux matrones juives.

Man da gue, ma fou.

Peu de chinois dans ce mots.

Un charabia franco-yiddish

Signifiant en partie, en

Yiddish,

« Mon souci »,

En partie, en

Français,

« Je m’en fous ».

C’est comme ça que cette

Calamity Jane

-ma grand mère par alliance –

A survécu

Aux vicissitudes

D’une longue vie

Juive.

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