• Pas en mon nom

    C’est ce que je lis

    Ou entends,

    En filigrane,

    Lors de contacts

    Avec des instituteurs,

    Professeurs,

    Directeurs,

    D’écoles qui se trouvent

    Aux quatre coins de la Belgique,

    Voire au cœur de notre

    Chère capitale,

    Parfois bien chahutée.

    Nous leurs proposons

    Nos ateliers dédiés

    Au combat contre

    L’antisemitisme,

    Par le biais de nos récits familiaux,

    Relatant la déportation

    Et la shoah.

    De manière surprenante,

    Vu l’environnement souvent

    Hostile que nous subissons

    Dans la rue,

    Dans la presse,

    Par le silence de nos gouvernants.

    Les paroles qui nous sont adressées

    Lors de nos échanges préliminaires,

    Lors de nos visites dans les classes,

    Reflètent

    Une réalité bien différente.

    Le message qu’on nous adresse

    Silencieusement

    Est :

    “Pas en mon nom”

    Car ces échanges sont empreints

    De sensibilité,

    D’intelligence,

    Et de réelle humanité.

    Ces petites lumières

    Brillent dans notre firmament,

    Plutôt obscurci

    Par les temps qui courent.

  • Un clou

    Rosh Hashana vient de passer.

    Yom Kippour est à nos portes.

    Et c’est reparti pour une nouvelle année.

    On commence par planter un clou.

    Curieuse coutume, pardi.

    Effectivement, Soukot, la fête des cabanes, est déjà à nos portes.

    Alors, c’est quoi ce clou ?

    Nos sages nous ordonnent de le planter dans la structure de notre future cabane,

    afin de commencer l’année par une mitsva.

    Cette cabane qui commémore la précarité de nos abris lors de notre errance dans le désert.

    Et, par extension, of course,

    la précarité de la condition humaine en général.

    Belle leçon d’humilité.

    Mais il y a aussi un beau côté face.

    Le clou.

  • Oser rester soi

    Alors, encore un petit billet,

    orienté fêtes, dites austères,

    avant le Grand Pardon.

    Ensuite, je passe à un autre

    registre.

    Juré, craché.

    Donc, ce rabbi Amnon,

    dont la tradition rappelle l’histoire

    lors de Kippour,

    expire précisément

    ce jour-là,

    il y a de cela

    bien longtemps,

    après qu’on lui eut coupé

    les bras et les jambes.

    Son tort ?

    Avoir refusé

    d’abjurer sa foi.

    À la demande insistante

    de son protecteur,

    et ami,

    le grand ponte local,

    qui n’avait pas apprécié,

    mais alors pas du tout,

    qu’il persiste

    à vouloir rester

    ce qu’il était.

    Comme quoi,

    l’amitié a parfois

    des exigences surprenantes.

    Terrible choix.

    C’est un peu la même

    ritournelle

    qui revient sans arrêt :

    oser rester soi.

    À quel prix ?

    Dur, dur d’être

    un juif de cour.

    Ou un juif,

    tout court.

  • Strudel

    Ce gâteau emblématique

    A un rapport direct

    Avec l’informatique.

    Car c’est ainsi

    Qu’on nomme l’arobase

    En hébreu,

    Chez “nouzôtres”

    Beaucoup de choses

    Passent par les papilles,

    Toujours présentes,

    Toujours fidèles.

    Autant saliver

    De plaisir

    Quand on envoie

    Un e-mail,

    Non ?

    D’ailleurs,

    L’arobase est également liée,

    D’une certaine manière,

    À la nourriture.

    Son origine est arabe :

    « ar-rubʿ »,

    Le quart.

    Le mot nous est parvenu

    Via l’espagnol

    « arroba »,

    Qui désignait

    Une mesure de poids.

    Une mesure servant

    À peser

    Une portion de…

    Strudel ?

    C’est presque un serpent

    Qui se mord la queue.

  • Clap clap

    Le spectacle était

    dans la salle

    du Grand Palais du Peuple,

    quand le Grand Timonier

    faisait son entrée.

    Ce qui m’a toujours frappé,

    c’était que tout le monde applaudissait

    de concert avec

    le dictateur,

    qui, clairement,

    imprimait la cadence.

    Je n’ose même pas imaginer

    ce qui arrivait

    quand un convive

    ne faisait que songer

    à ne pas suivre.

    Couic.

    À Venise, à présent,

    que les stripteaseuses

    se sont rhabillées,

    comme dans la chanson

    de Dutronc,

    me revient l’image

    de ce happening.

    Car, bien sûr,

    le spectacle était presque plus

    dans la salle

    que sur scène.

    Vingt-cinq minutes,

    ma foi,

    c’est une sacrée

    performance.

    On se regarde,

    on suit le mouvement,

    mais surtout,

    on jouit en groupe.

    Je me suis demandé

    qui avait osé

    être le premier

    à s’arrêter.

    Enfin, c’est ainsi

    que les traîtres à la cause

    finissent par

    se faire remarquer.

  • Perdre la boule

    De Berlin

    On raconte souvent

    Que Kennedy

    En voulant déclarer être

    Un Berlinois

    A fièrement affirmé

    « Ich bin ein Berliner »

    Soit :

    « Je suis une boule de Berlin »

    Et qu’en ajoutant ce « ein »

    De trop

    Il se serait fait

    La risée du monde.

    Car en allemand correct

    Il aurait du dire

    “Ich bin Berliner”

    La légende est fausse.

    Mais elle parle quand même

    De quelqu’un

    Qui n’avait pas perdu

    La boule.

    Autre temps,

    Même lieu.

    Dernières élections

    À Berlin.

    La dirigeante du parti

    Sorti vainqueur

    Des urnes

    A déclaré

    Qu’elle ne remettait pas

    En question

    L’existence

    De l’État d’Israël.

    Ouf.

    Puis

    Qu’elle était contre

    L’antisémitisme.

    Ouf ouf.

    Elle a donc bien sa boule

    Sur les épaules,

    La nouvelle Mamdani,

    Comme certains

    L’appellent déjà.

    Un rien nous contente.

    On a bien de la chance

    Nouzôtres…

  • Je me souviens

    Étant tout petit,

    On allumait « le poste »

    Pour écouter religieusement

    Les nouvelles.

    Le mot « guerre »

    Revenait sans arrêt.

    Et ma foi,

    J’étais étonné

    Et surtout effrayé.

    Car pour moi,

    La seule guerre que je connaissais

    Était celle dont parlaient

    Mes parents,

    Celle de la Shoah.

    Et je ne pouvais imaginer

    Qu’il pouvait y en avoir

    Une autre.

    Ce matin,

    À la radio israélienne,

    J’entends un commentaire

    À propos de la fameuse chanson

    « La dernière guerre »,

    Née au lendemain

    De la guerre de Kippour,

    Dans laquelle on chante

    Que malgré tout,

    L’espoir

    De la der des der

    Reste présent.

    « Nous n’avons pas

    Le luxe du pessimisme »,

    Clamait notre Golda.

    Et puis,

    Même la guerre de Cent Ans

    A fini par s’arrêter.

    Alors,

    Gardons espoir.

  • Gann

    Ce petit mot hébraïque

    Réveille en moi

    Les cris de joie

    Des bambins

    Dans la cour

    De récréation.

    Gann signifie

    Jardin.

    Mais aussi,

    Par extension,

    Jardin d’enfants.

    À Philadelphie,

    C’est une autre histoire.

    C’est à l’université

    Que les choses

    Se passent.

    Une personne

    Portant ce nom

    S’était forgé

    Une identité

    « Authentique »

    Noire

    Et palestinienne,

    Afin de mieux afficher

    Son ardeur

    Dans sa lutte

    Contre Israël

    Au sein du monde

    Éducatif.

    En yiddish,

    Il existe une belle expression :

    A meshigene Welt.

    Un monde

    Devenu fou.

    D’autres bien-pensants

    Ont découvert

    La supercherie

    Et l’ont contrainte

    À des aveux publics.

    Il est vrai

    Qu’avec Yom Kippour

    Nous sommes

    En pleine saison

    Des confessions.

    Cerise sur le gâteau :

    Non seulement

    Elle est blanche,

    Juive,

    Mais elle aurait aussi

    De la famille

    Dans les territoires

    Occupés.

    A meshigene Welt,

    Je vous dis.

  • Milieu*

    C’est ce mot

    Que j’ai vu apparaître

    Ce matin

    Sur un véhicule

    Qui filait

    Sur l’autoroute.

    Non,

    Il ne s’agit pas

    De l’Empire du Milieu.

    Son empereur est d’ailleurs

    En visite

    Chez l’autre gars

    Qui se croit

    Le centre du monde.

    Milieu se dit

    Umwelt en allemand.

    Littéralement :

    L’environnement.

    Une terminologie

    Mise à l’honneur

    Chez nous

    Depuis quelques décennies

    Par les écologistes.

    Et pourtant,

    Déjà à l’âge du bronze,

    Notre petit peuple,

    Qui essayait alors

    De se faire

    Une petite place au soleil,

    Avait déjà légiféré

    En la matière.

    À croire

    Que les Verts

    Détenaient déjà

    La majorité absolue

    Dans notre parlement antique.

    Par exemple,

    La Loi interdisait

    De porter la hache

    À un arbre fruitier.

    Et l’Éternel

    Ne plaisantait guère

    Avec ce genre d’infraction.

    Quant à la protection animale,

    Notre SPA moderne

    Pourrait parfois

    S’en inspirer.

    La Loi obligeait

    À venir en aide

    À l’âne de son ennemi

    Lorsqu’on le voyait

    Ployer sous le poids

    De sa charge.

    Par contre,

    Le texte ne dit rien

    Quant au sort

    À réserver

    À l’ennemi.

    ___

    • milieu est environnement en Néerlandais.

  • Le coussin

    Le vendredi soir,

    Après la prière à la synagogue

    Mon grand père,

    Ramenait au repas familial

    de shabbat,

    Un schnorrer

    Un nécessiteux

    En ces temps là

    Ils étaient nombreux,

    Ces juifs misérables

    A taper la semelle,

    D’un village à l’autre

    Pour quémander

    Leur quignon quotidien.

    Le nuit tombée on l’installait

    Sur de la paille fraîche,

    Dans la grange,

    La chambre unique qui logeait

    Sa famille étant bien pleine.

    Une splendide coutume

    que mon grand père

    Avait instauré pour lui même :

    Il glissa systématiquement

    Son propre coussin,

    Sous la tête du visiteur,

    Avant de lui souhaiter

    Une bonne nuit

    De shabbat.

    De mon grand père

    Reste gravée cette image,

    Contée par ma maman

    Pas de photo,

    Seule la parole,

    En héritage.

    On le retrouva assassiné

    Par une balle nazie,

    Au bord du caniveau

    Dans le ghetto

    Où il avait été déporté.