Le coussin

Le vendredi soir,

Après la prière à la synagogue

Mon grand père,

Ramenait au repas familial

de shabbat,

Un schnorrer

Un nécessiteux

En ces temps là

Ils étaient nombreux,

Ces juifs misérables

A taper la semelle,

D’un village à l’autre

Pour quémander

Leur quignon quotidien.

Le nuit tombée on l’installait

Sur de la paille fraîche,

Dans la grange,

La chambre unique qui logeait

Sa famille étant bien pleine.

Une splendide coutume

que mon grand père

Avait instauré pour lui même :

Il glissa systématiquement

Son propre coussin,

Sous la tête du visiteur,

Avant de lui souhaiter

Une bonne nuit

De shabbat.

De mon grand père

Reste gravée cette image,

Contée par ma maman

Pas de photo,

Seule la parole,

En héritage.

On le retrouva assassiné

Par une balle nazie,

Au bord du caniveau

Dans le ghetto

Où il avait été déporté.

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