• Théodore Herzl


    A déjà écrit en 1899,
    Qu’en condamnant le juif
    Dreyfus
    C’était pour exprimer la haine
    Envers tous les juifs.
    Aujourd’hui on beugle dans les rues
    Mort aux sionistes !
    Lesdits sionistes logiquement ,
    Se réfugient à
    Sion.
    Alors on leur crie
    D’une voix indignée,
    From the river to the sea.
    Mais à vrai dire,
    Ces antisionistes
    Désirent garder leurs sionistes,
    Ici, sous le coude.
    Les sionistes,
    C’est comme dans la pub
    De naguère
    Pour les petits pois :
    Il faut toujours un sioniste
    Chez soi.
    Car la raison d’être
    Des antisionistes
    Ce sont les juifs,
    Qu’ils appellent par
    Confort mental :
    Sionistes.
    C’est leur fond de commerce.
    C’est ça le ping pong,
    Sans fin.
    Peut être qu’un jour,
    La petite balle
    En cellulo-yide
    Tombera enfin par terre.
    Et nous aurons
    Un peu de paix.

  • Côté

    Le bon côté de l’histoire…

    J’essaie d’imaginer

    Ce que c’est.

    Car, clairement,

    Nous n’y sommes pas.

    Nous sommes

    Dans notre difficile réalité,

    Pas toujours confortable.

    Alors je rêvasse…

    Être dans la majorité,

    Crier et gesticuler,

    Donner des leçons,

    Agiter des drapeaux,

    Être entouré des siens,

    Des convaincus,

    Des certitudes.

    Ah, quel bon sentiment

    Cela doit être !

    Marcher au même pas,

    Suivre le même guide,

    Partager les mêmes slogans,

    Lui être fidèle.

    Et tout ça,

    Pour bien peu d’investissement.

    Que du bonheur.

    Et l’Autre,

    Les vouzôtres,

    Se trouve

    Du mauvais côté,

    Là où on l’a placé,

    Où on l’a désigné,

    Parfois même condamné

    Par la foule.

    Il est là,

    Toujours à disposition,

    Se disent-ils.

    Car leur histoire,

    Ils l’imaginent

    Éternelle.

    Mais parfois,

    Il y a un renversement.

    Et le chasseur

    Devient le gibier

    D’un autre.

    Ce jour-là,

    Il comprend,

    À la manière forte,

    Ce que c’est

    Que d’être

    Du mauvais côté

    De l’histoire.

  • Marketing


    Je n’en suis vraiment
    Pas un expert
    Mais ce matin
    En passant devant un boui boui
    Au centre ville
    J’ai du avaler de travers
    Sur la devanture :
    “A taste of Gaza”
    Dans un premier temps
    Je me suis dit
    Voilà encore un de ces plaisantins
    Sionistes au goût douteux
    Qui n’ont aucun respect
    Pour la souffrance humaine
    Ensuite, j’ai plutôt opté
    Pour une âme naïve
    Qui s’est dit
    En dépit de tout sens marketing
    Je vais faire feu de tout bois
    Voilà un slogan
    Qui ne peut que fonctionner
    Alors pour une ambiance
    Que certains désirent dépicter
    Comme génocidaires
    Et qui récupèrent certaines images
    Avec délectation
    J’imagine qu’on y sert
    Du falafel, mode Auschwitz
    Et en dessert des baklava
    Aux senteurs de Treblinka
    Bon, je ne vais pas
    Trop me casser la tête
    À propos de cette échoppe
    Mais à force de vouloir récupérer
    Le malheur des uns
    On risque de se retrouver littéralement
    Avec le bec dans l’eau

  • Butch


    En fait le nom complet,
    De ce commerce prestigieux
    Du millénaire passé,
    C’était Butch Tailors,
    Où l’expression l’habit
    ne fait pas le moine,
    N’avait déjà aucun sens.
    Aujourd’hui, c’est la
    Variante.
    Barbara Butch
    Qui fait la une :
    L’habit qu’on l’a fait endosser,
    C’était
    D’abord la grosse,
    Ensuite la LGTBQI+,
    Et enfin et surtout,
    La juive.
    L’identité ou plutôt
    La marque honteuse,
    Ultime,
    Qu’elle le veuille
    Ou non.
    C’est comme ces
    Caches misère que portent
    Certains
    “Progressistes”
    “Anti sionistes”
    “Pas en notre nomistes”.
    Car c’est finalement
    le mot ” juif”
    Qui les démarquent
    Avant tout,
    Dans la populace.
    C’est comme ceux qui,
    Naguère, se sentaient
    Protégés
    Par un faux “certificat d’aryen”.
    Heureusement,
    Petit à petit,
    Certains individus,
    Des organisations,
    Voire des administrations,
    Ne se laissent plus intimider.
    Comme cette commune
    de Regnac en France,
    Qui clame haut et fort
    Que non, ils ne laisseront
    Pas passer
    Les discriminations honteuses.
    C’est de là que viendra
    Notre salut,
    Lorsqu’enfin,
    Le pouvoir en place dira
    “Pas en notre nom”

  • Sioniste

    Quelle erreur historique
    D’avoir choisi le mot « Sioniste »
    Symbolisant, croyait-on,
    L’homme nouveau,
    Doté d’un esprit novateur,
    Pionnier de sa terre
    Fraîchement retrouvée,
    Façonnant une société
    Juste et fraternelle.
    C’était, les amis,
    Se tirer une balle
    Dans le pied.
    Jeu de mots malheureux,
    Par les temps qui courent.
    Il ne faut pas être lacanien
    Pour entendre
    Le mal partout.
    Un isolationniste ?
    Mais c’est un Juif
    Qui part tout le temps
    En vacances sur les îles.
    Un annexionniste ?
    Ça parle de soi.
    Un expansionniste ?
    Itou.
    Un négationniste ?
    Oh my God.
    Un réceptionniste ?
    Par ici les pots-de-vin.
    Un nutritionniste ?
    Ne pense qu’à s’empiffrer
    Aux dépens du peuple.
    Un illusionniste ?
    N’en parlons pas.
    Un projectionniste ?
    Allez, arrête ton cinéma.
    La prochaine fois,
    Ils n’auront qu’à trouver
    Une appellation
    Un peu moins téléphonée.
    Peut-être qu’on nous
    Fichera alors
    Un peu plus la paix.

  • Marco


    Est né et vit depuis toujours
    En Allemagne de l’Est.
    C’est un pur Ossi,
    Comme on les appelle là-bas,
    Avec la condescendance
    Que l’on peut avoir
    Pour un parent pauvre.
    Marco est athée,
    Comme le sont souvent
    Les citoyens qui ont été marqués,
    Depuis leur enfance,
    Par ce régime totalitaire
    Qui se voulait « socialiste ».
    Bref, Marco n’a sans doute
    Jamais vu d’autre Juif que moi.
    Déjà lors de l’unification allemande,
    Il combattait les fascistes émergents
    De l’époque,
    À coups de poing.
    Il ne se définissait pas
    Comme « de gauche »,
    Mais comme un démocrate.
    À présent, il se bat contre
    Les « gauchistes » locaux
    Antisémites et antisionistes,
    Toujours en tant que démocrate,
    Toujours en tant qu’humain.
    Marco, je le connais,
    Depuis quarante ans.
    Et il reste, chaque jour,
    À nos côtés.
    C’est un véritable
    Être humain,
    Comme on voudrait,
    Comme on rêverait en être
    Entourés.
    Le monde peut être sauvé
    Par une seule personne,
    Disent nos sages.
    Marco en fait partie.

  • Immobilier

    Le 23 juillet, nous avons eu de gros problèmes liés à quelques-uns de nos biens immobiliers.

    Pas vraiment des dégâts des eaux, ni un incendie.

    Il s’agit de la destruction de nos deux Temples à Jérusalem, il y a quelques millénaires.

    Aujourd’hui, ce sont les prix de l’immobilier qui y flambent.

    Mais bon, ça, c’est une autre histoire.

    Pour revenir à notre histoire, ce sont encore, et pour changer, des voisins turbulents qui sont venus y casser le mobilier urbain.

    Et un chouïa en plus.

    On murmure que ce fut un châtiment divin.

    Chez les Juifs, apparemment, son courroux se paie cash.

    Communautéjuive

    Et pas qu’un peu.

    La cause ?

    La haine gratuite.

    C’est la seule chose qui semble encore échapper à l’inflation.

    Et l’on dirait même que la demande se porte très bien.

    Deux mille ans plus tard, le thème de Tisha BeAv demeure d’une douloureuse actualité.

  • Yacub au Pays de l’Or Noir

    Tu iras avec Joseph, car ici on n’aime pas les palestiniens.
    Aïe aïe… tout cela ne sonne pas très politiquement correct. Uccle ? Ohain ? Vilvoorde ? Non. Cela se passe à Dubaï.

    Celui qui parle est le muhandes Molham, un réfugié palestinien né à Damas. Son grand-père avait fui Safed lors de la guerre de 1948, au moment de la création de l’État d’Israël.
    Il m’explique que la Syrie n’a jamais accordé la nationalité aux réfugiés palestiniens. Résultat : sauf exception — comme son départ, il y a vingt-cinq ans, vers Dubaï — il voyage avec un titre de voyage d’apatride, un statut de réfugié. Aucun pays, ou presque, ne lui facilite réellement l’obtention d’un visa.
    Dès lors, fortune faite, notre cher Molham deviendra turc la semaine prochaine. En Turquie, la nationalité s’achète : environ 250 000 dollars.

    Joseph, lui, est un chrétien indien, probablement issu des basses castes si l’on en juge par son teint très foncé — ce qui, dans son histoire personnelle, a sans doute pesé dans son choix de départ vers d’autres horizons, d’autres croyances, d’autres dieux.

    Et voici donc Ibrahim Jakub — Jacques dans la vie civile —, Abraham Jacov selon sa carte d’identité, juif jusqu’au bout des ongles de ses doigts légèrement crochus, signe ancestral qui, dit-on, ne trompe aucun éléphant, accompagnant Joseph le chrétien indien, en route pour rencontrer les représentants de Son Altesse, l’émir de Dubaï.

    Peu après, reprenant mon bâton de pèlerin, j’éviterai la Mecque, interdite aux non-musulmans.
    En revanche, Riyad m’accueillit à bras ouverts. Mes hôtes me prennent pour un Allemand, sans doute à cause de mon nom. À leur question — « Êtes-vous né à Bruxelles ? » — je répondis : « Of course. Where else ? »

    Lors de ma demande de visa pour l’Arabie saoudite, quelques semaines plus tôt, j’avais dû indiquer, faute d’autre choix dans les formulaires, comme lieu de naissance, en référence à Haïfa : « territoires palestiniens occupés ».
    Pour éviter toute erreur — et n’osant tromper les Saoudiens — je me suis même renseigné auprès du consulat du royaume de MBS afin de choisir la formulation la plus correcte à leurs yeux.
    Mashallah… voilà donc l’arroseur arrosé, en guise de prologue au pays des Mille et Une Nuits.

  • Terroir dans le tiroir.

    Il doit y rester.

    Voilà le message,

    fort,

    inconscient peut-être,

    qui nous est adressé.

    Déjà en 1975,

    le sionisme est assimilé au racisme

    par la résolution 3379.

    Merci qui ?

    Merci les Nations unies.

    À l’époque,

    en Israël,

    Cultureisraélienne

    je m’en souviens parfaitement,

    nous étions abasourdis.

    Du jamais vu.

    Mais pas alarmés.

    On s’était contenté

    de rebaptiser

    la place des Nations unies

    en place du Sionisme.

    Une plaisanterie,

    pensait-on.

    Puis vint Durban.

    Et l’on remit le couvert.

    Tiens tiens…

    Déjà à l’époque…

    Sans être complotiste,

    j’en reste songeur.

    Alors cette volonté

    de retourner dans son terroir,

    où une partie de la famille

    réside depuis la nuit des temps,

    est-ce un anathème ?

    Tous les peuples

    ont un terroir.

    Tous les peuples

    ont le droit d’y revenir.

    Tous les peuples

    peuvent parler de leurs racines.

    Sauf les Juifs ?

    Communautéjuive

    Ils veulent retrouver

    leur famille,

    leur langue,

    leur histoire.

    Pas possible ?

    Le Juif qui fait son coming out :

    « Je veux rentrer chez moi. »

    Et cela devient du racisme.

    Comme si l’on disait à un juif Français

    qu’il est métèque

    dans son propre pays.

    Et cela vient de se passer

    Malheureusement

    On lui a signifié 

    qu’il n’est pas invité

    à la fête du 14 juillet.

    Comme si la France

    n’était plus son terroir.

    Juif,

    ton terroir est dans le tiroir.

    Referme-le doucement.

    N’y touche plus.

    Les autres ont des racines.

    Toi,

    Tu portes une faute.

  • Code secret

    Dans les années 60,

    les hôtels-restaurants casher

    faisaient encore recette en Europe.

    Tel l’hôtel tenu par la famille Zimet,

    à Spa, en Belgique,

    ce lieu originel

    d’où vient ce mot

    qui est devenu une appellation commune

    dans le monde entier,

    symbolisant repos et volupté 

    Ma maman y passa quelques jours

    de convalescence,

    durant la période du tournage

    du film à grand succès de l’époque :

    « Grand Prix ».

    Un jour, se promenant avec sa belle-sœur

    et bavardant joyeusement en yiddish,

    voilà qu’elles croisent un monsieur

    qui a clairement saisi

    leur langage.

    Mais ne le parlant vraisemblablement pas

    leur lança tout simplement

    ce fameux « code secret »

    connu par le « lobby juif » mondial :

    Gefilte fish !

    Le pauvre bougre était clairement

    à la recherche

    d’un peu de yiddishkeit

    et de chaleur familiale,

    Bref, le fameux restaurant Zimet…

    Je me demande encore si ce monsieur

    n’était pas tout simplement

    le réalisateur du film,

    John Frankenheimer.