• La posture

    au sens moral, désigne le comportement, la façon d’agir ou de se positionner face aux autres.

    La posture.

    Voilà un mot qui me trotte sans cesse dans la caboche.

    Bon.

    Essayons, pour une fois, d’aller droit au but.

    Sans chemin de traverse.

    Sans figure imposée.

    Je roule à vélo — sans moteur, bien entendu.

    Ici, je stouffe un peu.

    Pour les lecteurs non belges, veuillez vous adresser au Belge le plus proche.

    Pour les autres, tant pis : ils mourront idiots.

    Personne n’est parfait.

    Je grimpe et dévale les rues de notre chouette capitale.

    Et dans certains quartiers flottent au vent — très mollement d’ailleurs — quelques drapeaux tricolores noir, vert, rouge.

    Déambulent aussi quelques jeunes gens, parfois moins jeunes d’ailleurs — anciens protestataires recyclés de la guerre du Vietnam — arborant le keffieh façon bon chic bon genre, avec cette allure nonchalante, lestée de certitudes.

    Voilà des postures, mes amis.

    Je crains qu’au-delà du textile — sujet que nous connaissons bien, nouzôtres — il n’y ait pas grand-chose derrière.

    Bon, puisque je râle — non, j’explique — allons jusqu’au bout.

    Peu après le 7 octobre, je passe près d’une manifestation féministe pur sucre.

    Sujet du jour : féminisme en Palestine — brevet déposé au dernier salon des inventeurs — et abus sexuels de l’occupation.

    Candide, je m’adresse à une des vocifératrices et lui demande si elles manifestent également en soutien aux femmes violées, mutilées et assassinées du 7 octobre.

    La réponse, vous la devinez.

    C’est cela aussi,

    une posture.

    Imbécile.

  • « La peur est mauvaise conseillère »

    dit le proverbe. Une maxime que reprenaient déjà Platon, Montaigne, Rousseau ou Spinoza, chacun à sa manière. Et c’est notre petite-fille qui nous l’a rappelée, à sa façon, lors de notre dernier séjour en Israël. Alors que les missiles iraniens et Houthis pleuvaient, et que nous nous précipitions vers l’abri, elle répétait, comme un mantra : « Je n’ai pas peur ». La vérité sort de la bouche des enfants, dit-on. Et souvent, « même pas peur » cache une trouille bien réelle.

    Je ne vais pas entrer ici dans un débat sur qui a raison ou tort. Mais parlons franchement. Aujourd’hui, les Israéliens sont perçus par beaucoup comme des bouchers, des génocidaires, des barbares. On les insulte à l’envi. Et pourtant, pas si longtemps encore, on les qualifiait d’intelligents, d’éthiques, de fins stratèges. L’image a changé. Radicalement.

    En Israël, certains vous diront : « Les Arabes ne comprennent que la force. » Mais ils ne diront pas qu’ils ont peur. Ils préfèrent répéter inlassablement : « Ils veulent nous détruire. » Ce ne sont pas des rumeurs. Et pendant ce temps, ici, dans les rues de certaines villes d’Europe, on scande sans gêne : « From the river to the sea… »

    Alors oui, pour ceux qui n’ont pas connu la Shoah mais des générations de pogroms, sans État, sans armée, sans protection, cette peur-là est ancrée, quotidienne, persistante. Elle ne nous quitte pas, même ici, en diaspora.

    Et pourtant, malgré tout, la peur reste une mauvaise conseillère. Mais ce n’est pas depuis les fauteuils profonds, entre un bon cigare et un verre d’armagnac, qu’on peut en parler avec justesse. Là où l’on refait le monde, avec des indignations bien ordonnées et des « y’a qu’à » sans conséquences.

    Là-bas, en Israël, la peur n’a rien de théorique. Elle est tapie dans le ventre, elle fore chaque jour un peu plus profond. On n’en parle pas. Parce que parler de sa peur, ça fait encore plus peur.

  • Kakhol Lavan

    Bleu et blanc.

    Des couleurs aujourd’hui

    abhorrées, vilipendées.

    Du moins sur notre rive de la Méditerranée.

    Et pourtant.

    Je les ai vues.

    Lors d’une fête de Yom Yeroushalaïm ?

    Dans un centre communautaire ?

    Dans une école juive ?

    Judaïsme

    Ou discrètement accrochées

    au revers d’une veste,

    à moitié cachées,

    comme une étoile jaune

    dans un passé pas si lointain ?

    Non.

    Dans un petit village gaulois

    qui tente, malgré tout,

    de résister.

    Image, bien sûr.

    Mais le lieu existe bel et bien.

    Une école catholique.

    Dans un quartier chaud de Bruxelles.

    À côté d’un drapeau palestinien.

    Et en dessous,

    un message de dialogue,

    de conciliation.

    Cela compte aussi.

    cette réalité existe. 

    Elle est une force

    Appuyons nous sur elle

    Autre forme de courage, de combat, de résistance.‌‌

  • Mon épouse

    qui est bien davantage que ma muse :

    mon inspiration, ma coach,

    mon comité stratégique et probablement

    mon service après-vente émotionnel

    m’a posé une question.

    Je pourrais poursuivre la liste de ses qualités, mais la bienséance m’impose ici un prudent silence.

    Sa question était simple :

    pourquoi cette pérennité ?

    Question à laquelle, il faut bien l’avouer, nous n’avons guère eu le loisir de réfléchir, trop occupés à survivre depuis trois mille ans.

    Ce qui me vient spontanément à l’esprit, ce sont d’ailleurs les reproches récurrents de nos détracteurs.

    Nous serions des pleurnicheurs.

    Toujours à invoquer la compassion.

    Des misérabilistes professionnels, en somme.

    Admettons.

    Encore eût-il fallu disposer du temps nécessaire pour geindre.

    Entre la descente du train à Auschwitz et les douches, le timing demeurait relativement serré.

    À la Nova également, les choses furent d’une efficacité presque industrielle.

    Ce n’était pas exactement :

    “couche-toi là pendant que je déclame mon manifeste anticolonialiste”.

    Non.

    C’était rapide.

    Expéditif.

    Méthodique.

    Lors de la Shoah par balles, on économisait même les munitions :

    une balle pouvait parfois suffire pour plusieurs.

    Pas vraiment un contexte propice aux longues lamentations existentielles.

    Alors quelle est donc cette arme secrète ?

    Ou plutôt ce piège étrange de la pérennité juive ?

    L’humour.

    Je n’en vois pas d’autre.

    Plus la situation devient catastrophique,

    plus le Juif raconte des blagues.

    Il fallait quand même oser inventer des plaisanteries sur les chutes du mirador.

    Transformer l’indicible en éclat de rire.

    Presque un acte de défi métaphysique.

    Et puis il y a cette manière bien particulière de raconter l’horreur avec détachement.

    Presque avec élégance.

    Un humour sec.

    Minimaliste.

    Parfois macabre.

    Souvent absurde.

    L’art, au fond, de survivre longtemps —

    mais en conservant malgré tout un sourire en coin.

  • Banco

    Pas au casino.
    Non.
    On parle de l’univers.
    Penser grand.

    Il y a très, très, très longtemps, lorsque les hommes apparurent sur terre, les dieux ne tardaient pas à suivre.
    Ils prirent mille formes :
    les éléments naturels,
    le soleil,
    les éclairs,
    les animaux,
    les statues,
    les montagnes,
    des dieux guerriers,
    des dieux amoureux,
    des vainqueurs,
    des vaincus.

    Mais ils avaient tous un point commun :
    leur taille demeurait humaine.

    Même gigantesques, ils restaient terrestres.
    Bornés par l’horizon visible.
    Par une montagne.
    Un fleuve.
    Un ciel local.

    Et puis débarque une petite tribu de presque rien du tout.
    Une poignée de plaisantins obstinés.
    Des Hébreux.

    Et ces énergumènes décident soudain de voir très grand.
    Immensément grand.

    Leur business plan tenait en quelques lignes :
    notre Dieu dominera tous les autres.

    Rien que ça.

    Et surgit alors le tétragramme.
    Quatre lettres.
    Imprononçables.

    Pas vraiment un nom.
    Plutôt une idée.
    Un concept.

    Haya.
    Hoveh.
    Yihyeh.

    Il était.
    Il est.
    Il sera.

    Le passé, le présent et le futur fondus en un seul mot.

    Non pas un dieu inscrit dans le temps,
    mais un Dieu qui contient le temps lui-même.

    Là où les autres dieux naissent, combattent, aiment, vieillissent et disparaissent,
    celui-ci échappe à la chronologie.

    Avant.
    Pendant.
    Après.
    Tout à la fois.

    Et surtout :
    il échappe aux limites terrestres.

    Il n’est lié ni à une montagne,
    ni à un fleuve,
    ni à une ville,
    ni même à un empire.

    Son domaine n’est pas régional.
    Il est cosmique.

    Sans frontières.
    Sans centre.
    Sans bord.

    Un Dieu à l’échelle de l’infini.

    Pas d’image.
    Pas de statue.
    Pas de visage.

    Seulement l’existence pure.

    L’Éternel.

    Il fallait simplement y penser.

    Quel concept.

    Trump aurait probablement dit :
    “a big beautiful concept”.

    À partir du moment où votre Dieu devient infini dans le temps comme dans l’espace,
    vous quittez définitivement notre petit monde étriqué.

    The sky is the limit.
    Et même bien au-delà.

    C’est peut-être là que réside le secret de la pérennité de ces petits Juifs

    Face à l’éternité,
    quelques milliers d’années ne représentent finalement qu’une goutte dans l’océan.

  • Ata Lo Levad


    tu n’es pas seul.

    me dit-elle en hébreu.

    Et cela se passe dans une école catholique,
    majoritairement peuplée de descendants d’immigrés maghrébins,
    en plein cœur d’un quartier bruxellois
    qui ne se distingue pas précisément
    par un amour immodéré pour nouzôtres.

    Et, dans un autre registre,
    pas mal de combattants autoproclamés
    pour la libération de la Syrie.
    Près de 400 000 morts.
    Mais chut.
    Il ne faudrait pas trop en parler.
    Cela risquerait de froisser quelques âmes sensibles
    et de détourner la fureur juste et populaire
    vers autre chose que le colonialisme blanc.

    Mais je m’égare.
    Encore.

    « Tu n’es pas seul », m’a-t-elle soufflé à l’oreille,
    avant même que je n’aperçoive son visage.

    C’était peu après le 7 octobre.
    J’étais en visite dans cette école,
    dans ma quête sans relâche
    de raconter les horreurs de la Shoah
    dont furent victimes nos parents,
    mais aussi d’élargir le débat,
    d’offrir à ces élèves la possibilité
    de se poser — et de nous poser — des questions
    sur le vivre-ensemble.

    Je lui demande alors :
    « Mais pourquoi ces paroles ? »

    Et elle me répondit simplement :

    « Parce que je suis chrétienne.
    Et que je défends mes valeurs d’humanité. »

    Tout était dit.

    pour en savoir plus sur nos engagements

    www.shorashim.be

  • NIMBY

    Not in my backyard.

    Pour les tenants du parler british : not in my backyard.

    Autrement dit : tant que cela ne se passe pas chez moi, je demeure le grand champion de la tolérance.

    Pas plus tard que ce matin,

    on m’envoie le lien d’un post d’une demi-sommité — pas une demi-mondaine, quoique… — de notre petit monde juif local.

    Un personnage qui maniait jadis la langue de bois avec une dextérité admirable lorsqu’il fallait défendre nos droits et notre voix auprès de certaines autorités locales… que je ne citerai pas.

    Cette personne venait de recevoir une charretée d’immondices antisémites sur sa page Facebook.

    Jusque-là, rien d’anormal, me direz-vous.

    Business as usual.

    Je ne sais pas ce qui me prend ce matin à poivrer mon texte de citations anglaises.

    Mais bon… nobody is perfect.

    Oïvaï, voilà que ça me reprend.

    Faudra que j’aille consulter le bobologue.

    That ain’t normal. 

    Je disais donc que le récipiendaire de ces immondices

    s’est soudain mis à crier au viol

    de sa voix — scripturale — de vierge effarouchée.

    Je l’avoue : cela m’a presque procuré un certain Schadenfreude.

    Et voilà maintenant que le tic me reprend en langue de Schiller.

    Mais vous aurez compris.

    Bref.

    Voilà l’arroseur arrosé.

    Jusqu’ici, il se croyait clairement du bon côté de l’Histoire.

    Puis l’Histoire l’a rattrapé.

    Les amis, soyons vigilants.

    Pour eux, il n’existe pas de « bons Juifs » qui se trouveraient du bon côté de l’Histoire.

    Judaïsme

    C’est un leurre.

    Un de plus.

    L’Histoire, pourtant, nous l’a déjà conté maintes fois.

  • Chiens écrasés

    Enfin… leur rubrique, s’entend.

    D’ailleurs, qui l’a déjà réellement rencontrée, cette fameuse rubrique ?

    Personnellement, je commence à penser qu’elle n’existe pas davantage que le monstre du Loch Ness.

    Et pourtant…

    Si elle existait, ce serait probablement la rubrique la plus neutre du canard.

    Papier ou virtuel.

    Je m’explique.

    Avant tout, afin d’éviter tout malentendu, je précise que je respecte profondément tous les toutous ainsi que leurs maîtres… et même leurs maîtresse.s.e.s.

    Chaque chien écrasé est évidemment une victime de trop.

    Bon.

    Que trouverait-on dans un véritable article de chiens écrasés ?

    « Hier, à 17h42, un fox-terrier répondant au doux nom de Biscotte a été heurté avenue machin. La circulation fut perturbée durant huit minutes. »

    Point.

    Pas d’analyse géopolitique du conducteur.

    Pas de réflexion existentielle sur le traumatisme automobile dans le contexte postcolonial occidental.

    Du fait.

    Rien que du fait.

    Or, curieusement, ces articles semblent introuvables.

    Du moins dans une bonne partie de la presse francophone.

    J’écris cela parce qu’il y a quelques jours, via les réseaux sociaux, on m’a transmis un article d’un grand quotidien francophone dont le nom commence par la lettre M.

    Je constatais que le journaliste prenait une position univoque dans sa manière de relater les faits.

    Cependant le simple fait qu’il fut estampillé par ce grand journal lui conférait instantanément un statut de vache sacrée.

    Grrr.

    Et si vous osez émettre une réserve, on vous regardera avec hargne.

    J’ai  l’impression que cela se passe différemment dans la majorité de la presse anglophone, où l’on tente encore — au moins formellement — de séparer le reportage factuel de l’article d’opinion.

    L’un annonce :

    « Il pleut. »

    L’autre explique :

    « Pourquoi cette pluie révèle la crise de la décadence morale de l’Occident. »

    Chez nous, les deux exercices semblent le plus souvent fusionner dans le même paragraphe.

    Alors oui, je lance un appel solennel.

    A quand les vrais articles de chiens écrasés dans notre presse ?

  • Vuile Jood

    Décor : 

    1956

    Kievitstraat, cœur du petit monde juif anversois, avec ses relents de fumée de charbon, l’odeur aigrelette du bortsch, ses arrière-cours sombres et ses silhouettes en noir se rendant au schtibl. Cette même ambiance, parfois carrément misérable d’avant-guerre, bien décrite par la sœur de Isaac Bashevis Singer, Sarah Kreitman dans le roman autobiographique « Deborah ».

    Je rejoignais mes trois copains hassidim de Belz, ainsi que quelques autres gamins « gentils » du quartier. Avec trois bouts de ficelle et beaucoup d’imagination, nous faisions les quatre cents coups dans la rue. On se dispute parfois bien sûr, mais rien ne dépasse les lois immuables de l’enfance.

    Et puis un jour, fatalement, cela arriva.

    Un des petits non-Juifs se met à hurler :

    « Espèce de sale juif ! »

    En patois flamand : « vuile jood ».

    Là-dessus, mon petit copain Belzer, sans se démonter, lui répond du tac au tac :

    « Ikh veys az ikh bin a voiler Yid, un di vest brennen in gehenem ».

    Traduction libre :

    « Je sais que je suis un juif gentil, et toi  par contre, tu brûleras en enfer ».

    Là dessus, nous, les petits  juifs, éclatâmes de rire.

    Produitskasher

    Car le miracle involontaire voulait que « vuile jood » — « sale juif » en dialecte anversois — sonne presque comme « voiler Yid » en yiddish : « gentil juif ».

    L’insulte se transforme en compliment.

    Fast forward.

    2016

    Bien avant le 7 octobre, avant que le monde ne perde officiellement la tête.

    Notre fille venait de faire son alya. Et voilà qu’une connaissance de ma tendre épouse, solidement installée dans les confortables certitudes de la gauche prolétarienne, lâche en apprenant la nouvelle :

    « Ah… elle est partie à Gaza, évidemment ».

    Sous-entendu limpide :

    une personne saine d’esprit, correctement alignée du bon côté de l’Histoire, ne pouvait décemment pas avoir une fille rejoignant ces affreux colonisateurs blancs.

    Même réflexe.

    Même besoin presque physique de replacer le Juif du mauvais côté du miroir moral.

    Sauf qu’autrefois, au moins, nous savions.

    Nous connaissions ce vieux phénomène millénaire. Nous savions d’où pouvait venir le coup.

    Aujourd’hui, les visages ont changé.

    Les mots aussi.

    Et nous également.

    Reste peut-être à retrouver l’intelligence des petits Belzers de la Kievitstraat :

    transformer l’insulte en éclat de rire.

    Résilience.

  • GPS

    Et comment Moïshe se rendit compte que le GPS qu’on lui avait refilé était en fait made in China

    Ce matin, en ouvrant un œil — celui de gauche, je pense — j’ai eu une de ces visions qui me prennent parfois, du genre biblique à la Gustave Doré.

    Notre cher Moïshe se balade avec sa troupe de loqueteux à travers les sables du Sinaï, précédé par son fameux GPS, encore l’ancien modèle, version 1.0.0 : une immense colonne de feu à l’avant de la caravane et une colonne de fumée à l’arrière.

    La colonne à l’avant, je comprends encore. Il faut bien “suivre” quelque chose. C’est comme l’écran : il se trouve devant nous, sur le dashboard de la voiture.

    Mais la colonne à l’arrière… elle servait à quoi exactement ? Aux marches arrière ?

    Bon, reprenons les choses depuis le début.

    Notre cher Moïshe se présente devant le Pharaon et le prie, pour la dixième fois, de lâcher les visas de sortie d’Egypt. Fissa.

    Il lui aura quand même fallu sortir la grosse artillerie, avec tout un arsenal de trucs et ficelles qui se font assez rares de nos jours : méthodes biologiques avec lâchage de sauterelles, procédés bactériologiques façon inoculation générale de peste… enfin bon, on n’a décidément rien inventé.

    « Bon, d’accord, partez dès ce soir », finit par lâcher le Pharaon.

    Et voilà que les matrones juives, qui viennent à peine de préparer le bouillon et de tresser les hallot, s’entendent dire qu’il ne faut même pas attendre que la pâte lève. Résultat : des centaines de générations devront ensuite se farcir les matsot.

    Coursde Judaïsme

    Jusque-là, rien de particulièrement anormal dans notre histoire.

    Mais voilà que cela se corse. À peine le dernier chariot 4×4 Désert Spécial TDI a-t-il quitté le périphérique de Pitom — une des deux cités où ils créchaient — que Pharaon change d’avis : pour le départ, c’est NIET.

    En deux temps trois mouvements, les Hébreux ont la troisième Panzerdivision à leurs basques qui, naturellement, n’a pas lu le dernier manuel de Spielberg concernant les effets spéciaux, et coule comme un fer à repasser dans les eaux de la Red Sea.

    À peine a-t-on eu le temps de dire « ouf » que c’est déjà « bloub bloub ».

    Mais je m’égare dans les chemins de traverse au point d’en oublier où je voulais en venir.

    Quarante ans.

    Quarante ans que cela leur a pris, grâce à leur GPS… Qui dit mieux ?

    La procession d’Echternach — trois pas en avant, deux pas en arrière —, Fatima à genoux, Lhasa en rampant… à côté, c’était de la petite randonnée dominicale.