À vrai dire, lorsque notre instituteur
nous serinait à tout bout de champ :
« La parole est d’argent,
mais le silence est d’or »,
j’ai toujours eu l’impression
que la portée disciplinaire
du message l’emportait largement.
En clair :
mieux valait se la fermer.
Je me suis retrouvé un jour,
entre Anglais et Français,
lors de négociations commerciales
particulièrement rugueuses.
Soudain,
mes collègues anglais
se sont tus.
Muets comme des carpes.
Il ne manquait plus que la farce.
Les Français crurent alors
que l’heure de la capitulation
avait sonné.
Pour eux,
ce silence signifiait une reddition.
Mais pour les Britanniques,
c’était exactement l’inverse.
Il n’y avait plus rien à négocier.
Ils n’en voulaient plus
et étaient prêts à quitter la table
séance tenante.
Petit Belge assis
entre deux cultures,
j’expliquai en aparté
aux uns et aux autres
ce que le silence signifiait…
pour l’autre.
Comme quoi,
certains silences
sont d’une éloquence redoutable.
À voir les grands de ce monde
s’envoyer invectives et ultimatums,
proclamer chaque matin
de nouvelles victoires historiques,
un peu de silence
nous ferait sans doute
le plus grand bien.
Et qui sait ?
Peut-être nous dirait-il enfin
quelque chose d’important.
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